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Voilà maintenant quelques années que j’ai commencé, très timidement, à expérimenter avec la teinture végétale. Depuis quelques semaines, je ressens l’envie très forte d’aller plus loin, d’explorer davantage ses infinies possibilités. Alors, j’avais envie de vous emmener avec moi dans ces explorations, de vous montrer mes essais (et mes erreurs ?), de vous parler de mon cheminement. Et aussi, de ce que je compte faire avec les tissus et les fils que j’aurais teints, car l’idée derrière tout ça sera de mettre en valeur les fibres teintes dans des créations, comme souvent par ici, inspirées de la nature !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, qu’est-ce que la teinture végétale ?

La teinture végétale, ou plus largement la teinture naturelle, repose sur des savoir-faire ancestraux qui ont été utilisés jusqu’à la découverte et le développement des pigments de synthèse. Elle consiste à extraire les pigments des végétaux (ou de certains insectes, comme la cochenille) et à les fixer sur des fibres d’origine végétale ou animale. Cela peut être du bois, mais aussi de la laine, du coton, du lin, de la soie… sous forme de tissus, de fils, ou encore à l’état de fibres brutes. Les pigments peuvent se trouver dans les racines, l’écorce, les feuilles, les fleurs, ou encore les fruits des végétaux.

Mon histoire avec la teinture

Tout a commencé, si je me souviens bien, avec des épluchures et des restes de végétaux que je pouvais trouver dans ma cuisine : pelures d’oignons, peaux d’avocat, feuilles d’artichaut, fanes de carottes… Intéressée par la mouvance « zéro déchet », l’idée de trouver une utilité à des résidus destinés à la poubelle (ou plus précisément, au compost) m’était très séduisante. C’est ainsi que j’ai commencé à expérimenter avec la teinture, principalement sur du fil à tricoter en laine et du tissu de coton, à lire et à me renseigner sur les différents procédés.

C’est au fil de mes lectures que j’ai découvert que tout un tas de plantes présentes autour de nous étaient connues pour leurs propriétés tinctoriales (= de teinture). Des « mauvaises » herbes que l’on croise chaque jour, que l’on habite en ville ou à la campagne, sans y prêter grande attention. Tout un monde s’ouvrait à moi !
J’ai donc commencé à faire quelques cueillettes (raisonnables). Une activité que je pratiquais déjà, mais plutôt pour le côté gustatif de la chose. Millepertuis, aulne, achillée millefeuille… ont bientôt rejoint mon « panier à teinture », dans lequel je pioche les végétaux séchés au fil de mes envies. Pour le moment, je n’en suis qu’aux balbutiements de ce que je pourrais expérimenter, et je prends mon temps pour avancer et découvrir petit à petit.

C’est donc dans cet esprit de découverte et avec mon regard de (grande) débutante en la matière que j’ai envie de partager cela avec vous. Voici pour le moment les connaissances (loin d’être exhaustives), acquises au gré de mes premiers essais, que je peux partager avec vous.

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de gauche à droite : teinture aux fleurs d’hibiscus, aux feuilles d’eucalyptus, aux châtaignes

Le fameux « mordançage »

Quand on commence à s’intéresser à la teinture végétale, on entend souvent parler de l’étape « mordançage ». Au début, j’avoue avoir eu du mal à comprendre exactement de quoi on parlait, à cause du vocabulaire spécifique, et parfois un peu obscur, qui est employé dans les livres ou sur les blogs. Il s’agit en fait d’une étape de préparation des fibres à la teinture, pour que la couleur tienne bien dans le temps (on parle de couleur « solide »). Cette étape n’est pas toujours nécessaire, surtout quand les végétaux utilisés pour la teinture sont riches en tannins, comme par exemple les peaux d’avocat, les écorces d’arbre… On peut alors s’en passer et teindre directement.
On peut procéder au mordançage des fibres de différentes manières, selon qu’elles soient d’origine végétale ou animale. Je ne les connais pas toutes, et je n’ai expérimenté pour le moment que le mordançage à l’alun de potassium et à la crème de tartre (plutôt pour la laine). Ce sont des poudres que l’on peut acheter sur des boutiques en ligne spécialisées. Pour préparer les fibres, il suffit de diluer dans un grand volume d’eau un certain pourcentage du poids de fibres à teindre d’alun de potassium et de crème de tartre. On ajoute les fibres et on porte le tout à petit bouillon pendant environ 45 min, avant de laisser refroidir dans le bain. Les fibres peuvent être mises à sécher pour une utilisation ultérieure, ou bien utiliser de suite.
J’ai également entendu parler du mordançage au lait de soja, ou encore à la noix de galle (plutôt pour les fibres d’origine végétale). N’hésitez pas à nous partager votre expérience en commentaire si vous avez testé ces méthodes !

Le procédé de teinture

Le procédé de teinture que j’utilise le plus souvent est celui-ci : dans un grand volume d’eau, je porte à petit bouillon une certaine quantité de végétaux (frais ou séchés) pendant 45 min à 1h. Je laisse souvent refroidir et macérer toute une nuit. Le lendemain, je filtre (ou non) pou récupérer le bain de teinture. J’ajoute la laine ou le tissu, mordancés ou non, dans le bain de teinture et je porte de nouveau à petit bouillon pendant 45 min à 1h en remuant très souvent (ou parfois moins longtemps, selon l’intensité de la couleur souhaitée). Pour la laine, il faut veiller à ce que le bain de teinture soit bien à température ambiante, pour ne pas la faire feutrer à cause du choc thermique.
Je laisse refroidir les fibres dans le bain, parfois toute une nuit, puis je les rince jusqu’à ce que l’eau qui s’en écoule soit claire. Enfin, je les essore et les laisse sécher à l’ombre. Comme vous le voyez, il n’y a rien de compliqué !
S’il reste des pigments dans le bain de teinture, je le conserve pour le réutiliser plus tard, dans un bocal fermé que je conserve à température ambiante.

Je n’aborderai pas ici la teinture à l’indigo ou celle à la garance qui requièrent, de ce que j’ai compris, des procédés spécifiques. Je ne les ai encore jamais testés.

Ensuite, tout comme il existe plusieurs façons de mordancer (qui vont avoir une influence sur la couleur obtenue), on peut modifier la couleur après la teinture. Pour cela, on peut par exemple utiliser du sulfate de fer, que l’on obtient en faisant rouiller pendant quelques semaines des clous dans de l’eau mélangée à du vinaigre blanc. Le liquide obtenu peut être utilisé pour assombrir la plupart des couleurs obtenues par teinture végétale, en ajoutant une petite quantité dans le bain de teinture, à la fin du procédé de teinture. Attention toutefois à ne pas laisser le sulfate de fer trop longtemps en contact avec la laine, car il a tendance à la fragiliser.

Quelques essais

Voici quelques aperçus de couleurs que j’ai pu obtenir par teinture végétale :

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teinture aux fleurs d’achillée millefeuille
tetinture-vegetale-avocat-hibiscus
teinture aux peaux d’avocat et à l’hibiscus
laine-teinte-millepertuis
teinture aux fleurs de millepertuis (3 écheveaux au centre) et à l’artichaut (en haut à droite)

Mes conseils pour expérimenter avec la teinture végétale

  • Pensez toujours à faire une cueillette raisonnable
  • Utilisez des ustensiles spécifiques pour la teinture, ne les utilisez pas ensuite pour cuisiner
  • Laissez-vous surprendre par les couleurs obtenues, ne partez pas forcément avec une idée précise de ce que vous obtiendrez
  • Faites attention au pH de l’eau, qui peut grandement influencer les couleurs
  • Pour l’entretien, préférez le lavage à la main, sans savon ou avec un savon très doux (toujours pour des histoires de pH). Séchez à l’air libre et pas au soleil direct.
  • Gardez à l’esprit que les couleurs obtenues avec la teinture végétale sont susceptibles d’évoluer dans le temps
  • Amusez-vous !

Quelques ressources

Livres :

  • Wild colour deJenny Dean (en anglais)
  • Teintures et couleurs naturelles de Catherine Willis

Comptes instagram :

Et vous, avez-vous déjà testé la teinture végétale ? Avec quels végétaux ?
Connaissez-vous des ressources (livres, blogs, etc.) intéressantes ?

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