(même que je sais faire des effets spéciaux…)

Hello tout le monde,

Aujourd’hui, je reviens avec une réflexion que j’ai depuis quelques temps et que j’aimerais partager avec vous. Peut-être que certain(e)s d’entre vous ont parfois aussi cette impression de savoir faire plein de choses de manière superficielle, et de n’être finalement expert en rien. « Touche-à-tout, bon à rien », comme le dit l’expression. Même si aujourd’hui, je trouve qu’on valorise de plus en plus les personnes multi-casquettes, il n’est pas toujours facile de ne pas avoir d’étiquette précise dans notre société. On a vite fait d’être pris pour quelqu’un qui s’éparpille, et de ne pas de se sentir légitime. Et je ne parle même pas du fait de ne pas avoir de vocation depuis le plus jeune âge…

Je vais donc vous raconter mon parcours, sans prétention aucune, juste pour vous illustrer cet article. Vous savez peut-être que je suis plutôt pudique et pas très à l’aise avec l’idée de raconter ma vie ici… Mais qui sait, vous pourrez peut-être vous identifier à l’histoire qui va suivre, et ce sera aussi l’occasion pour vous d’en savoir un peu plus sur celle qui se cache derrière ce blog ;)

Il était une fois…

Au lycée, j’avais un profil scolaire très équilibré entre les matières scientifiques et les matières littéraires, contrairement à la majorité de mes camarades de filière S qui excellaient dans les matières scientifiques et pêchaient parfois en français et en langues, par manque de facilité ou par désintérêt pour ces matières. C’était simple et à la fois compliqué : j’étais bonne dans toutes les matières (bon ok, sauf le sport) et je les aimais toutes. Aucune n’avait vraiment ma préférence. Vous imaginez un peu comme cela a été facile de faire un choix d’orientation… Par ailleurs, j’avais du mal à aller jusqu’au bout des choses, je m’ennuyais avant d’avoir fini et je ressentais rapidement l’envie de passer à autre chose. Comprendre comment fonctionnait quelque chose, même de manière superficielle, me suffisait et je n’aimais pas franchement approfondir.

Il a quand même bien fallu que je me spécialise dans un domaine, et c’est finalement la biologie qui l’a emporté. Je me suis résignée à faire un métier dans lequel je m’ennuierai probablement au bout de quelques années, et je me suis retrouvée ingénieure agronome, spécialisée dans la pêche et l’élevage de poissons, puis docteur ès biologie du squelette des poissons après huit ans d’études… Ça fait rêver, n’est-ce pas ? ^^
Avec le recul, je pense que ce qui m’a attirée dans le métier d’ingénieur, c’était l’aspect transversal et multi-tâches. L’école d’agronomie où j’ai étudié valorisait clairement cette aptitude à être capable de faire un peu tout, d’apprendre sans cesse de nouveaux savoir-faire, de s’adapter et d’évoluer. Mais voilà, les années passant, je me suis rendue compte que je ne m’épanouissais absolument pas dans ce milieu et que c’était devenu insoutenable. La faute à ces pauvres petits poissons ou à ma tendance à m’ennuyer de tout ? L’avenir nous le dira peut-être… Le fait est que, ce blog aidant, j’ai légèrement changé de voie, puisque je pourrais me définir aujourd’hui comme une rédactrice/créatrice/animatrice DIY.

Quand l’histoire se répète

Déjà, le fait de passer – en apparence – du coq à l’âne en a surpris plus d’un. Coup de tête ou mûre réflexion ? J’avais moi aussi de quoi douter de cette nouvelle orientation, et il m’aura bien fallu une bonne année pour accepter mon nouveau métier. De plus, le même phénomène que dans mon enfance s’est reproduit : je ne me suis spécialisée dans rien. Je ne suis ni blogueuse « couture », ni « cuisine », ni « lifestyle »… Impossible de mettre une étiquette précise sur mon activité. Pire, je n’arrête pas de la diversifier : en plus de concevoir des tutoriels et des recettes, de faire de la photo, d’imaginer et animer des ateliers, j’ai envie de m’essayer à la vidéo, et pourquoi pas aux podcasts, je commence à écrire sur d’autres sujets comme l’écologie ou le développement personnel, j’apprends à gérer un « business »… Toujours en apprenant sur le tas (ce qui n’aide pas à se sentir légitime dans un pays où il faut avoir fait telles études pour prétendre à tel métier, soit dit en passant). Certains jours, je me sens un peu comme Shiva…

Vous me direz que c’est le propre de tout entrepreneur, mais je culpabilise parfois de ne pas être capable de me focaliser sur une seule chose. Est-ce que je m’éparpille ? Est-ce une tendance à ne pas aller au bout des choses ? Est-ce que je suis instable ? Est-ce que je n’ai pas encore trouvé LE truc ? Est-ce que je fais changer vingt fois de métier dans ma vie ?
Est-ce aussi symptomatique de notre époque ? Que ce soit à cause de la crise de l’emploi ou de l’évolution du marché du travail, de plus en plus de personnes jonglent entre plusieurs activités, qui n’ont parfois rien à voir entre elles. On les appelle les « slashers », ou encore « scanners ». D’autres s’accordent à définir ce type de profil par le terme « multipotentialiste ».

Tirer des enseignements

Finalement, ce que tout cela m’aura appris, c’est que le fait de s’intéresser à des choses diverses et variées ne veut pas dire que l’on n’a ni passion, ni vocation. Mais que celles-ci sont complexes et qu’il est difficile de mettre un mot dessus. Il est aujourd’hui tout à fait possible pour un multipotentialiste de trouver un métier qui lui convient à l’intersection de plusieurs disciplines ou de le créer sur-mesure. Cela peut passer dans un premier temps par une phase d’exploration, puis une phase de synthèse pour rassembler les pièces du puzzle et trouver le fil rouge de son parcours, pour finalement dessiner et faire évoluer les contours d’un nouveau métier au fil de vos expérimentations.
L’important, c’est d’être en cohérence avec soi. Si vous avez plusieurs personnalités et que vous vous épanouissez dans la diversité, tant mieux !

Bons à rien, sûrement pas !

Sachez enfin que les multipotentialistes, à défaut d’avoir un parcours facile à expliquer, ont de nombreuses forces : curiosité, talents multiples, capacité d’apprendre vite, capacité de synthèse, adaptabilité, capacité d’innovation. De quoi clouer le bec à la prochaine personne qui vous dit que vous vous éparpillez ;)

Pour aller plus loin : le TEDx talk d’Emilie Wapnick sur le multipotentialisme (des sous-titres en français sont disponibles)

19 Comments

  1. Bonjour Amandine, je me retrouve aussi très bien dans tes propos ! Bonne élève, aussi à l’aise dans les matières scientifiques que littéraires.. et nulle en sport ! Heureusement que nos centres d’intérêts ne sont pas définitifs… ce n’est pas parce que l’on s’essaie à la couture ou au tricot que l’on doit se spécialiser dans ce domaine ! Pour ma part, je consulte régulièrement ton blog car je trouve qu’il aborde des sujets variés et que les DIY que tu proposes permettent d’explorer plein de techniques ! Et, je t’assure qu’en vieillissant (je suis un peu plus âgée que toi…), on a de moins en moins envie qu’on nous mette dans des cases et pour « supporter » une vie active qui peut parfois s’avérer routinière voire ennuyeuse, c’est essentiel de continuer à être curieux ! Continue comme ça, tu es pleine de ressources :-) !

    • Mais de rien Stéphanie ! Si tu te sens un peu moins seule grâce à cet article, je suis largement récompensée ;) Belle journée à toi aussi !

  2. Merci pour cet article ! J’ai à peu de choses près le même parcours et ça fait du bien de ne pas se sentir seule.
    Je suis ingénieure agronome également et suis en pleine hésitation pour me reconvertir et j’hésite, entre autres possibilités, entre institutrice, couturière (donc CAP), palefrenière, etc. Quand je dis ça aux gens, ça étonne car d’une part, mes hésitations n’ont rien à voir entre elles mais surtout il n’y a aucun lien avec l’agronomie, pour laquelle j’ai été formée. Je me reconnais du coup parfaitement dans le commentaire d’Anouk ! :-)
    Donc maintenant, grâce à ton article, quand on me prendra pour une indécise éparpillée, je pourrai dire : « ben quoi, je suis multi-potentialiste ! » ;-)

    • Bonjour collègue ! ;) Oui je connais ça aussi, le fait qu’il n’y ait apparemment aucun lien entre l’agronomie et les autres activités qu’on souhaite faire. Mais ce n’est pas parce que ce lien n’est pas facilement compréhensible, qu’il n’existe pas. Il y a souvent une cohérence qui nous est propre, et qu’il nous appartient de comprendre et de savoir expliquer aux autres (ou de la garder pour soi, après tout !)
      Suis tes envies, c’est tout ce qui compte ;) Et ça peut paraître un peu bateau de dire ça, mais c’est vrai : quand on veut (vraiment vraiment beaucoup), on peut !

  3. Avant de découvrir que je suis multipotentialiste, je pensais que j’étais immature, éparpillée, voire fainéante (parce que je m’ennuie vite et que lorsque je m’ennuie, je ne fais plus d’effort…). Alors quel soulagement quand j’ai vu la conférence d’Emilie Wapnick ! Je suis même allée plus loin en me procurant son livre « How to be everything », que je te conseille vivement :)

    • Oui, pour moi aussi cette conférence a été une révélation ! Elle mérite d’être relayée au maximum :)
      Je vais de ce pas jeter un œil à ce livre, merci beaucoup pour le conseil Nadège !

    • Merci Claire, s’il t’a un peu aidée, ma mission est accomplie ;) Et merci de l’avoir partagé sur ton insta !

  4. merci pour cet article ! comme toi, j’étais plutôt bonne élève, sans savoir vraiment ce qui m’attirait. du coup, j’ai multiplié les cursus après bac, avant de vraiment trouver ma vois. maintenant je fais plein de choses différentes, mais j’ai également ce sentiment d’imposture la plupart du temps, surtout quand l’entourage ne comprend pas.
    bref, merci :)

    • De rien, Tiphaine ! Je pense qu’il faut être pédagogue avec notre entourage. Après tout, c’est en leur faisant découvrir ce qu’est la multipotentialité qu’on peut faire changer les mentalités ;) C’est normal qu’ils ne comprennent pas, car faire plein de choses différentes en même temps, ce n’est pas vraiment dans notre culture ! Mais ça change ;)
      Et pour ton sentiment d’imposture, j’avais écrit un article sur la confiance en soi, les croyances limitantes et le « syndrome de l’imposteur », si ça t’intéresse.

  5. Merci pour cet article ! Depuis une bonne année je suis sur 3 projets (voir 4) en même temps et impossible de choisir. Autour de moi, on me répète qu’il faut choisir, que c’est contre-productif d’avoir autant de projet en même temps, mais en faisant un choix j’ai cette impression d’incomplet. Et du coup, à tenter de faire un choix sans y arriver je reste bloquer et ne fait rien. Je n’arrive pas à me satisfaire et à m’épanouir d’une seule activité, j’ai besoin de faire travailler toutes les facettes de ma personnalité et ton article me rassure un peu, je me sens comme un peu moins seule. En tout cas bravo pour tout ce que tu entreprends et ta faculté à jongler de l’un à l’autre ^^

    • Merci à toi Marine :) On nous répète depuis l’enfance qu’il faut choisir un métier et le garder toute sa vie… Sauf que cela ne veut pas dire que c’est le mieux pour nous ! Et puis le monde change, et aujourd’hui, beaucoup de gens s’accordent à dire que notre génération sera amenée à faire plusieurs métiers dans sa vie. Alors certes, peut-être pas en même temps, mais tout de même ! La capacité à jongler entre plusieurs activités sera clairement un atout dans les années à venir ;)

  6. Non mais je me retrouve tellement dans tes propos. Pour ma part je suis dans la communication depuis toujours mais j’ai toujours aimé être multi tâches pour pimenter mes journées. Sauf que comme toi parfois je me suis dit que j’aurai mieux fait de me spécialiser dans un domaine précis car je ne me sens légitime sur rien. Pourtant mon métier évolue chaque jour…
    Et c’est encore pire depuis que j’ai fais explosé ma créativité et mon envie de découvrir toutes les techniques possibles lol
    Bref, merci d’avoir mis un terme sur ce besoin de toucher à tout ! De beaux arguments pour clouer le bec aux plus médisants

    • Oui, le sentiment de légitimité, c’est un peu le nerf de la guerre, surtout quand on est une femme ! On est un peu trop perfectionnistes, je pense ;) Pourtant, il n’y a pas besoin d’être parfaitement qualifiée/reconnue/prête pour se lancer ou apporter de la valeur à quelque chose. Et comme le disait Alix, toucher à tout, c’est en tirer plein de richesses !

  7. C’est TELLEMENT ça ! Avec mes études de géo, je suis au carrefour de plein de métiers…
    Et pareil avec le blog. Bref, parfois quand les gens me demandent « mais du coup, c’est pour faire quoi comme métier »… ben, je sais pas, plein de trucs, on verra !
    Et puis finalement, j’en tire plein de richesses, et j’adore être touche à tout !
    Alix

    • Haha en même temps, c’est plus facile à comprendre pour les autres quand on a une étiquette bien précise. Habituons-les à la pensée complexe ;)

  8. Bonjour!
    Ton article fait un bien fou! Je me reconnais tellement dans ton histoire! J’étais bonne en sciences alors j’ai continué, continue mes études jusqu’à finir à avoir une thèse en sciences des matériaux mais après 1an d’activité dans ce « super » métier de chercheur ça ne me plaît plus… Je réfléchis à faire des ateliers créatifs mais finalement je ne suis spécialisée dans rien , couture, scrapbooking, DIY , bijoux, trop éparpillée , personne ne crois en mon projet alors je re-reflechis et finalement je me lance dans la préparation du concours de professeur des écoles en prenant des ptis boulots en attendant de l’avoir!
    Peu de monde autour de moi comprend alors ça fait plaisir de tomber sur des articles comme ça!
    Finalement je ne me décris pas comme éparpillée mais comme multipotentialiste comme tu le dis si bien ! En peu de temps je peux tout faire! Et c’est ça ma force, un jour ça sera reconnu! En attendant j’espère que je pourrais mettre cela a profit dans mon futur métier de maîtresse d’école! Et peu importe ce que les gens en pensent!!!

    • Ne t’inquiète pas Anouk, nous ne sommes pas seuls ;) Et nous ne devrions pas avoir honte de toucher à plein de domaines différents, d’être curieux et intéressés par plein de choses ! C’est effectivement une force, et comme le dit Emilie Wapnick dans son talk : en étant habitué à être souvent des débutants, on apprend plus vite. Et chaque chose qu’on apprend pourra toujours être transférable dans un autre domaine !
      Et j’ai aussi appris une chose en étant parfois confrontée à l’incompréhension de mon entourage : si on se sent soi-même perdu et qu’on a peu confiance en soi, les autres le ressentent et c’est pour cela qu’ils doutent de nos choix. Mais bonne nouvelle, la confiance, ça se travaille ;)
      En tout cas, bon courage pour le concours !

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